Les rêves – page 1.

LES RÊVES -page 1

                                                         

                                                                                

 

 

                                                                    » Une nuit, je rêvai que j’étais un papillon,

Voletant de- ci de -là, content de mon sort.

Je me réveillai soudain et j’étais Tchouang-Tseu

A nouveau. Qui suis-je en réalité?

Un papillon rêvant que je suis Tchouang-Tseu,

Ou Tchouang-Tseu rêvant qu’il est un papillon? »

Tchouang-Tseu.

 

Il était une fois… la création du monde:

 

                                                                           

Cosmogonie égyptienne

Toutes les cosmogonies, traditions, mythes ou religions regorgent de rêves, de songes. Ainsi commence l’aube du monde, par  le récit d’un rêve. Dans  la tradition islamique, le Lai- L’Attal Mir’aj, le voyage de la nuit est ce grand rêve initiatique d e Mahomet aux mystères du cosmos, qui lui permit de réaliser le Coran.

Dans la mythologie grecque, le premier être, Phanes -la lumière- naquit au centre d’un oeuf gigantesque dont la coquille était la nuit, qui engendra Thanatos et Hypnos; ce dernier eut un fils,Morphée, le dieu des rêves.

Phanes

Les religions de l’Inde, notamment la  Mandukya Upanishad, et de la Chine, nous parlent également de rêves cosmiques et fabuleux.

Extrait traduit de Mandukya Upanishad:

-3. Etabli dans l’état de veille, connaissant le monde extérieur, ayant sept membres et dix–neuf bouches et jouissant des choses grossières c’est vaisvânara (« appartenant à tous les humains »), le premier Quart.

  1. Etabli dans l’état de rêve (svapna), connaissant le monde intérieur, ayant sept membres et dix-neuf bouches, jouissant des choses subtiles c’est taijasa (« lumineux »), le deuxième Quart.
  2. Là où, endormi, on ne connaît plus ni désir ni rêve, c’est le sommeil profond (susupti). Etabli dans le sommeil profond, unifié, une seule masse de connaissance, fait de félicité (ananda), jouissant de félicité, ayant la conscience pour bouche c’est prâjna (« Connaissance transcendante »), le troisième Quart.
  3. Celui-ci est le Seigneur de tout, celui-ci est l’Omniscient, celui-ci est le Contrôleur intérieur, celui-ci est la Matrice de tout, l’Origine et la Disparition des choses qui viennent à être.
  4. Ne connaissant ni les choses intérieures ni les choses extérieures, ni les choses relevant à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, n’étant ni connaissance transcendante, ni dépourvu de connaissance transcendante, invisible, non manipulable, insaisissable, sans signe distinctif, inconcevable, indéfinissable, essence du concept de l’âtman unique, évanouissement du monde, apaisé, pur bien-être, sans second c’est caturtha (le « quatrième » – on dira aussi turya ou turîya). Voilà âtman, voilà la Connaissance ultime qu’il faut être.
  5. Cet âtman est 0M composé de ses phonèmes/lettres (aksara), composé de ses parties. Les Quarts sont ses parties, les parties sont ses Quarts les phonèmes/lettres A, U, M.
  6. Etabli dans l’état de veille, vaisvânara est le phonème/lettre A. C’est la première partie, à cause de l’obtention (âpti) et parce qu’elle est le début (âdi). Celui qui sait cela obtient tous ses désirs (kâma) et il devient le premier.

10- Etabli dans l’état de rêve, taijasa est le phonème/lettre U. C’est la deuxième partie, à cause de l’élévation (utkarsa) et à cause de la double appartenance (ubhayatva). Celui qui sait cela élève une connaissance durable et il devient l’égal de tous. Jamais ne naîtra dans sa lignée un homme ne connaissant pas brahman.

Il. Etabli dans le sommeil profond, prâjna est le phonème/lettre M- C’est la troisième partie, à cause de la mesure (miti) et à cause de la résorption (apîti). Celui qui sait cela mesure toutes choses et il en devient la résorption.

  1. Caturtha, le quatrième, est dépourvu de parties; il est non manipulable, évanouissement du monde, pur bien-être, sans second. Ainsi, 0M est âtman. Celui qui sait cela entre, par âtman, dans âtman.

Revue Française de Yoga, n°17, « Rêver », janvier 1998, pp. 39-50

 

Le rêve est ici annonciateur. Il apparaît comme un pont qui permet au rêveur d’atteindre l’autre rive, pour y recevoir un message, une connaissance, un enseignement, voire une prophétie. Le rôle du rêveur était alors de retransmettre cette révélation. La Bible nous apprend que parfois Dieu parlait directement, comme à Jacob, et disait :

« S’il y a un prophète parmi vous, moi le Seigneur, je me ferai  connaître à lui par une vision, je lui parlerai en songe ». Le célèbre thème de l’Echelle de Jacob est l’expression  vivante de cette relation entre le ciel et la terre où le rêve apparaît comme la coupe offerte recueillant les instructions divines.

L’échelle de Jacob

C’est là le début du Grand Oeuvre alchimique. Basile Valentin, tenu comme l’un des plus grands alchimistes du XVème siècle, représentait la conscience comme une tenaille de  forgeron, se relâchant la nuit pour que  l’inconscient puisse nourrir la conscience et le dormeur accomplir  » le travail fait la nuit ».

La primauté du rêve sur le réel:

Au sein des sociétés  dites primitives, le rêve est très puissant et il est pris en considération avec beaucoup de respect par tous les membres du groupe. Depuis le fond des âges, les hommes s’inquiètent de cette activité onirique dont ils cherchent à percer le secret. Ainsi les Senoï, une ethnie d’une jungle de la Malaisie, vivaient une vie collective centrée autour d’une psychologie du rêve complexe, qui servait à unifier la communauté et à favoriser  à un degré considérable ce que  Jung appelait  l’individuation. Kilton Stewart, qui partageait la vie des Senoï en 1935, notait « l’absence de crime violent, de conflit armé, et de maladies physiques  et mentales. »

 

L’idée maîtresse du groupe était que tout individu doit tenter de maîtriser son propre univers spirituel onirique, exigeant et recevant la collaboration de tous les personnages et forces qui l’habitant, car ceux-ci sot réels. Chaque matin, le groupe analyse les rêves de la nuit précédente. Les enfants sont encouragés à  vivre leur vie rêvée. Le but recherché est d’abord la transmission de l’enseignement fourni par le rêve. Ainsi, lorsqu’un homme rêve qu’il vole dans les airs, il volera jusqu’au moment où il rencontrera des êtres qui lui apprendront un chant ou un art qu’il pourra transmettre aux siens.

Les Iroquois eux, voyaient dans les rêves le langage de l’âme par lequel elle exprimait ses désirs.

 

Toutes les civilisations ayant accordé une place privilégiée au rêve possèdent une expression artistique et symbolique très riche, un développement spirituel intense.

Les forces de l’inconscient, qui favorisent les prises de conscience , se sont déployées et ont permis la création de nombreuses oeuvres d’art, et le surréalisme est un art « onirique » à part entière. André Breton insista particulièrement sur la valeur du rêve, « la voie royale qui mène à l’inconscient », dans son « Manifeste du surréalisme »

 

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